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Qu'est-ce que l'appropriation culturelle

Qu'est-ce que l'appropriation culturelle?

Depuis quelques temps déjà, une partie de la gauche libérale utilise les enjeux de politique identitaire, comme l'appropriation culturelle, afin de prendre la parole sur la place publique. Les motifs anticolonialistes, altermondialistes et anti-impérialistes sont louables dans beaucoup de cas, mais malheureusement quand le discours de cette gauche produit des amalgames et des lectures faussées des enjeux d'actualité, ils provoquent plus de dégâts au sein de la culture populaire que le premier ''mononcle'' saoul soutenant savoir comment régler la situation géopolitique au Moyen-Orient après avoir enfilé cinq bières sur le bord de la piscine.

Ainsi, c'est en lisant Edward Saïd dans ''Orientalisme'' et ''Culture et impérialisme'' qu'on peut procéder à cette analyse critique du concept d'appropriation culturelle, redevenu contemporain dans nos représentations des rapports de pouvoir au sein de nos sociétés.

Tout d'abord, c'est dans le premier volume ''Orientalisme'' que Saïd développe une structure d'attitude et de référence qu'il nommera l'orientalisme. Cette structure qui agit sur les relations entre les ''Occidentaux'' et les ''Orientaux'' a eu et a encore aujourd'hui des effets observables dans nos sociétés, mais c'est dans le second livre ''Culture et impérialisme'' que Saïd situe cette structure dans un cadre universel: celui de l'impérialisme occidental à travers l'histoire moderne.

Il est important de noter que pour Saïd, la notion de culture est très importante car elle est au coeur de son analyse littéraire qu'on pourrait décrire comme une enquête généalogique. C'est à travers les grandes oeuvres de "l'ère des Empires" allant du 19ieme siècle à aujourd'hui, que Saïd développe sa pensée.

Pour Saïd, La culture désigne en premier lieu "toutes les pratiques, comme les arts de la description, communication et de la représentation, qui ont une relative autonomie des royaumes économiques, sociaux et politiques et qui existent souvent sous forme esthétique, avec un des principaux buts étant celui du plaisir." En second lieu, la culture est aussi "un concept qui inclut un élément de raffinement et d'élévation, un réservoir de ce qui a de mieux pensé et fait au sein de la société". 

Certains partisans de la gauche libérale pensent souvent à tort que nous avons vécu la fin de l'histoire et que nous vivons dans un nouveau "new world order" universalisé, mondialisé et libéralisé. Force est d'admettre que ce n'est pas le cas lorsqu'on considère la situation écologique, les dérives capitalistes, les différentes guerres en cours et l'omniprésence des crimes et des criminels contrevenant aux différentes conventions internationales. Cette rhétorique est celle qui monopolise les médias occidentaux et elle projette comme structure d'attitude et de référence une vision de la géographie des frontières, des arts et des fictions modifiant à son tour la culture de l'État sous domination comme une pensée continuelle ressassant la trame narrative impérialiste. C'est donc dans ce cadre que nous parler d'appropriation culturelle au sens où il est possible de faire une analyse du Réel à des fins critiques.

Appel au passé pour définir l'impérialisme

Selon Saïd, pour comprendre l'impérialisme il faut visualiser "la pratique, la théorie et les attitudes d'un centre métropolitain dominateur régnant un territoire donné". D'un autre côté le colonialisme découle presque tout le temps de l'impérialisme et est l'implantation de colons sur un territoire éloigné. Il faut savoir que ces deux phénomènes n'arrivent pas dans le vide mais plutôt que de multiples résistances apparaissent chez les peuples souffrant de ces réalités. 

Au départ, l'invisibilisation de l'attitude impérialiste est un phénomène observé mais dès l'apparition des premières résistances culturelles, l'implantation du discours impérialiste doit être assumé pour justifier l'impérialisme en lui-même. Les discours comme ceux de l'existence de distinctions ontologiques entre l'Ouest et le reste de la planète ou la création et le développement de domaines académiques comme l'ethnographie, la linguistique, la théorie des races et les classifications historiques, ont eu des effets dans l'implantation de la trame narrative impérialiste mais c'est surtout la domination globale de l'Occident sur le reste de la planète, l'universalisation des discours culturels (comme la mission civilisatrice ou la guerre pour la démocratie et la liberté) qui ont un réel impact marquant.  Le phénomène de domination n'est pas inerte car il influence la culture populaire, les fictions, la rhétorique de l'histoire, la philosophie et la géographie des lieux. Mais quels sont ces effets au juste de cette approbation culturelle?

Comprendre le présent

Les effets de domination qui découlent de l'impérialisme sont multiples: le repli sur soi identitaire, le regain du nationalisme, la résistance culturelle et les créations aux tendances nativistes sont des manières pour les "natifs" de reprendre contrôle sur leur trame narrative, mais dans certains cas ces efforts aboutissent dans des logiques de rhétorique du blâme ou des discours d'exclusion. Du côté des personnes vivant dans la métropole de l'Empire, les discours impérialistes provoquent plutôt un sentiment de supériorité morale justifiant le fait d'enfreindre les conventions internationales, justifiant le droit d'ingérence, justifiant le fait de violer la souveraineté des États-nations et poussant une trame narrative manichéenne du style "nous sommes les gentils et ils sont des terroristes et des barbares ne comprenant que la violence". 

En fin de compte, le fait d'analyser l'histoire contemporaine de manière à inclure la dimension de l'impérialisme permet de soulever le problème des expériences contradictoires de l'histoire entre les récits américains, français, anglais et les autres forces impériales et ceux des pays ayant subit l'assaut impérialiste et colonialiste.

Pour continuer, Saïd met une emphase sur un phénomène découlant inévitablement de l'acte de résistance à l'impérialisme: l'attrait vers le nationalisme. Comme il l'explique dans "Orientalisme", l'identité se construit de deux manières, en s'affirmant comme groupe ayant des traits communs ou en se comparant avec l'Autre; l'étranger. Le nationalisme entraîne inévitablement un repli sur soi identitaire et il est facile de percevoir ces sursauts dans les événements comme ceux de la guerre d'Algérie où des minorités culturelles vivant sur le territoire algérien ont été carrément anéanties par leurs confrères algériens seulement parce qu'ils n'étaient pas arabe ou pas musulman. Le problème avec la nationalisme vient du fait que le concept de nationalisme et d'État nation est imbriqué dans la cadre impérial. Cette structure de l'État-nation nationaliste, ne faisant que répéter la structure de domination impériale, met en place une élite nationaliste qui perpétue les logiques de domination de l'Empire plutôt que permettre une vraie libération du peuple du pouvoir impérial.

Et comment résister à l'appropriation culturelle et l'impérialisme?

Ainsi, l'acte de résistance se définit en trois phases orientées autour de la culture: en premier lieu l'importance de se réapproprier l'histoire et sa trame narrative, ensuite l'idée que l'acte de résistance est une autre manière de considérer l'histoire; que de se mettre dans le contexte d'une contre-histoire officielle nous permet d'abattre des barrières culturelles entre les différentes minorités opprimées; et finalement que c'est en repensant l'écologie politique et en affrontant les logiques individualisantes par la création des sentiments de communauté et de libération qu'on peut provoquer des changements concrets au sein des dynamiques sociales. Comme Saïd dit: nous avons besoin supplanter la fragmentation par un acte de volonté.

"overcoming fragmentation by an act of will."

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