Six heures moins quart, avant le départ

Six heures est sur le point de sonner au matin de cette rumeur d'hiver
Une couverture d'ivoire sied aux pieds de cette saison
Libérant de tout soupçon, les ruelles à l'abri des sons
Du pas de l'homme, ce souverain si fier

Un chien promène son maître et lui dit:
«Tiens, penche toi et ramasses ma merde»
En lorgnant un pure spécimen d'hormones immaculées

Étrange que pour certains, la vie soit une série de plaisirs malsains
Mais que pour d'autres il s'agisse d'une suite de corvées sans fins
Dérivées du cul de votre majesté

Un pape nous parle de tyrannie du monde par l'argent
Détruisant les liens moraux de notre fibre sociale
Semant la zizanie pour les gens en manque de charte
Le peuple change de poste pour savourer une autre défaite
Du club de hockey, richississime organe situé à l'apogée de cette culture du déni

Les courageux crient hauts et forts leur humeur
Sous les yeux rieurs des défenseurs de la liberté des élites
Mais personne n'écoute ces courageux car c'est le spécial occupation double

En guerre contre les syndicats bien gras
Beaucoup oublient ces clauses orphelines négociées
À même notre nivellement par le bas
Des futurs acteurs de notre société

Au profit de qui au juste?
La réponse m'importe peu
Ce qui m'importe c'est notre avenir en tant que société

Sans santé et sans éducation
L'homme est un animal parlant
Un simple gorille imberbe
Un bipède hédoniste
Un robot sexuel fétichiste
Un mouton dévorant son propre enclos

La richesse culturelle n'est pas monnayable dans ce système clos
Hormis chez ces moutons assoiffés par l'image livrée par nos médias
D'un substrat de démagogie assaisonné de sexisme et de calomnies

Cette valeur fondementale qu'on accorde à l'art véritable
Ce charitable attrait de l'homme pour tout ce qui existe
Et n'existe pas
S'effrite au gré du vent de cette anti-culture si facilement accessible

Pour chaque clique «j'aime», «chaques commentaire chargé de phautes», chaque sophisme éculé, chaque biais non-assumé et chaque attaque de troll, des tribus entières de livres disparaissent de nos vies.
C'est le temps de lutter contre ce génocide culturel.

Mais quelle lutte entreprendre?

La lutte libérale, du progrès en fonction du PIB des riches?
La lutte progressiste au sein des institutions libérales, qui gouvernent en fonction du PIB des riches?
Pourquoi choisir un moindre mal parce qu'on a peur de la lutte?

La lutte doit être populaire
Dans les rues
Rassembleuse
Pour tous
Pour l'égalité
Pour la fraternité de l'homme
Pour notre avenir

Commentaires

  1. Une belle prose solide et habile, très agréable à suivre. L’essence de la poésie est là. Elle est comme un voile léger sur les mots, à mi-chemin entre l’exactitude et le rêve. Les rimes sont naturelles et coulent entre des piliers métaphoriques puissants : Le chien promenant son homme, la monotonie du monde et de leurs plaisirs bêtes, l’impact médiatique omnipotent. Le regard posé est à la fois sensible et cruel. On veut guider les gens à ouvrir leurs yeux et voir, inexorablement. Cette dualité grinçante revient avec le va-et-vient de l’univers télévisé. On s’en détache, puis vient une réplique poignante, on l’ignore, mais il revient, accablant. C’est comme si inconsciemment, le peuple blasé était contraint de revenir s’abreuver à la source. Je suis par contre un peu déçue par les derniers versets, où la prose, en voulant prendre de l’ampleur, perd de son caractère. Le ton devient engagé, mais désintéressé. C’est dommage, puisque les termes utilisés pourraient acquérir davantage de puissance si on s’adressait à l’individu plutôt qu’à un ensemble ou une majorité nébuleuse qui n’existe pas. En fait, pas encore.

    RépondreSupprimer
  2. Au contraire, le peuple est loin d'être inconscient de ses actes. Il est lâche de par la synergie qui se forme de l'effet de groupe. Le peuple vas et viens entre entre les promesses de changement et d'innovation, qu'importe; "tant que le voisin s'éfforce à le faire à ma place, je vais faire le mouton et suivre." Il faut arrêter de subir le changement et se demander plutôt en quoi chacun de nous peut y faire sa marque. Un super texte Yann, très inspirant. Pour ma part, je n'irai pas jusqu'à commenter la qualité de la langue mais seulement la symbolique de ton texte. On ne peut pas plus explicite et pourtant, bien des gens n'y verrons que du feu, c'est ce qui est dommage. Et je te souhaite de joyeuses fêtes à toi aussi mon cher Yann. Cordialement, Gab.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

La société de masse

La petite histoire des bobos contemporains

De quoi Cthulhu est-il la somme?