Renouveau épicurien

Renouveau épicurien

"Vides sont les mots de ces philosophes qui n'offrent de remèdes pour aucun des souffrances humaines. Car de même qu'il n'y a aucune utilité dans l'art médical s'il ne donne pas de traitements pour les maux du corps, de même il n'y en a aucune dans la si elle n'expulse pas la souffrance de l'âme."

Telle est la maxime première qui promouvoit la philosophie épicurienne. En ces temps reculés où les civilisations sont naissantes, l'homme utilise la philosophie au centre de ses quêtes ontologiques, spirituelles, psychologiques et physiques. L'histoire de l'histoire nous aura fait oublier tous ces courants matérialistes et sensualistes de la philosophie au profit d'une sectorisation des savoirs dans les champs d'études extérieurs à la philosophie antique. Ainsi, la quête ontologique est devenue psychologie et neurobiologie; la quête spirituelle est devenue nihilisme, sciences politiques, théologie et métaphysique; la quête psychologique est devenue occultisme, psychanalyse et sciences médicales; et la quête physique est devenue sciences pures. C'est tout à louable de voir les avancés importantes faites depuis l'Antiquité mais qu'en est-il aujourd'hui de la philosophie? C'est bien simple, elle s'est intégrée à la machine académique comme toutes les autres sciences quand, dans les faits, elle devrait être la science de toutes les sciences. 

"Nous avons en effet besoin sans interruption de l'appréhension d'ensemble, ce qui n'est pas le cas de l'appréhension du détail."

Il n'y a aucune utilité à ce que chaque personne devienne des Einstein en herbe pouvant utiliser le calcul différentiel, car l'important, et c'est ce qu'Épicure prônait dans son œuvre, est d'avoir un minimum de connaissance nous permettant de s'avancer vers le bonheur: tout d'abord, connaître une canonique de base expliquant l'ontologie de l'être de manière matérialiste, empirique et immanente, ensuite faire le point entre la cosmogénèse du même ordre tout en incluant les valeurs spirituelles, sans oublier de faire le cumul de tout ce qui est phénomènes physiques et rattachés aux sciences naturelles, et enfin une éthique proposant aux suivants une morale qui mène à la vie philosophique.

"Il faut en outre s'assurer de toutes choses en s'en remettant aux sensations et, d'une manière générale, aux appréhensions du moment - qu'elles soient le fait de la pensée ou de n'importe quel autre critère - et semblablement aux affections présentes, de sorte que nous soyons en mesure d'inférer à partir de signes aussi bien ce qui attend d'être confirmé que le non-manifeste."

Cette diététique philosophique se pose en contrepartie des dérives platoniciennes qui composent le corpus académique contemporain. En effet, le culte de l'idée pure et la quête de la vérité objective nous amène à valoriser les exercices esthétiques et dialectiques plutôt que d'accepter la subjectivité comme faisant partie prenante de la réalité physique (thèse démontrée par la physique moderne). 

Or donc, la force d'Épicure est d'avoir, avec le peu de moyens technologiques de l'époque et armé que de ses sens et sans dialectique et sophistique aristotélicienne, démontré l'illimité du ciel et des atomes, démontré la nature du solide et du vide, donné une définition empirique et utilitaire du temps,  décrit des phénomènes physiologiques et tenter (avec un succès mitigé) de résoudre les questionnements au sujet des phénomènes naturels. On ne peut pas en dire autant de Platon et Aristote! (Sans oublier que Démocrite était très important dans la pensée épicurienne).
"il faut admettre qu'examiner de près la raison des faits vraiment fondamentaux est la tâche propre de la science de la nature, et que la béatitude, dans la connaissance des phénomènes célestes, se trouve là, ainsi que dans le fait de savoir, lorsqu'il s'agit de ces phénomènes, quelles sont les natures que l'on observe et tout ce qui est apparenté, et dont la connaissance concourt à l'examen précis mené en vue de cette fin. Il faut admettre en outre qu'il n'y a pas de pluralité d'explications sur ces sujets, ni que les choses soient susceptibles d'être autrement: il n'y a au contraire tout simplement rien, dans une nature incorruptible et bienheureuse, de ce qui peut susciter la dispute ou le trouble. Et l'on peut comprendre, en y réfléchissant, qu'il en va tout simplement ainsi."

Finalement, le plus grand hommage qu'on peut faire d'Épicure, c'est celui de voir l'utilité de la philosophie non pas que chez les académiques ou en voyant l'âge comme étant un critère d'appréciation, mais chez toute la population: "Qu'on ne remette pas la philosophie à plus tard parce qu'on est jeune, et qu'on ne se lasse pas de philosopher parce qu'on est âgé. Il n'est en effet, pour personne, ni trop tôt ni trop tard lorsqu'il s'agit d'assurer la santé de l'âme. Or celui qui dit que le moment de philosopher n'est pas encore venu, ou que ce moment est passé, est semblable à celui qui dit, s'agissant du bonheur, que le moment n'est pas encore venu ou qu'il est passé. Par conséquent, doivent philosopher aussi bien le jeune que le vieillard, celui-ci afin qu'en vieillissant il reste jeune sous l'effet des biens, par la gratitude qu'il éprouve à l'égard des événements passés, et celui-là, afin que, tout jeune qu'il soit, il soit aussi un ancien par son absence de crainte devant ce qui va arriver. Il faut donc consacrer ses soins à ce qui produit le bonheur, tant il est vrai que, lorsqu'il est présent, nous avons tout, et que, lorsqu'il est absent, nous faisons tout pour l'avoir."

Et cette recette est un remède sans conteste au nihilisme de notre époque actuelle. 

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