Lucrèce et la Nature des choses

"Enfin, suppose que la Nature prenne la parole soudain,
et adresse en personne, à l'un de nous, des reproches de ce genre:
'Qu'est-ce donc qui a tant de prix pour toi, mortel
que tu te laisses aller à cet excès de plaintes maladives?"

C'est portée par le vide que notre divine société
Cherche à survivre cet ère de nihilisme contrôlé
Par la surenchère des besoins impossible à satisfaire
Ces désirs mimétiques achetés pour nous distraire

Le génie de Lucrèce vient d'une vision du temps cyclique
De la Nature de chose qui nous enseigne une pratique
La simplicité frugale d'une vie de plaisirs finement calculés
Visant l'ataraxie et le lien avec la nature hors de la cité

"En effet, si la vie que tu as vécue auparavant t'a été heureuse,
et si, accumulés comme dans un vase percé,
tous ses agréments n'ont pas coulé complètement,
      et ne se sont pas perdus sans profit,
pourquoi ne te retires-tu pas comme un convive rassasié de la vie"

L'avarice et l'opulence des hommes de ressentiment
Ont toujours été présent chez nous depuis ce printemps
Où la communauté s'est créée, car en plus de la sécurité
C'est la l'image de la beauté même qui s'est hissée en priorité

Ce combat des avoirs aura au moins démontré
Que les riches et puissants ont tout à envier
Car c'est le fond de leur âme matériel qu'ils croient remplir
Des gloires amères d'une vie sans utilité, passée à fuir

"En effet, dans le temps même de la possession,
flotte l'ardeur des amants en d'erratiques incertitudes,
et ils ne savent comment jouir d'abord, par les yeux ou par les mains?
L'objet de leur désir ils le serrent étroitement, le fond souffrir"

L'amour est le désir mimétique le plus transcendant
Presque tous les hommes le recherchent en dansant
Pour assouvir les pulsions naturelles de notre existence
On projette notre jalousie instinctive au delà de tous nos sens

L'amour c'est se souffrance et avoir des plaisirs
Ou serait-ce le besoin de combler tous nos désirs
Qui est un fardeau d'une génération sans patience
Prêt à tout pour se décharger de toute notre puissance

"Donc le genre humain travaille pour rien, en vain,
sans cesse, et consume sa vie dans de vains soucis.
Assurément c'est qu'il ne connaît pas la limite de la possession,
et, pour tout dire, jusqu'où peut croître le vrai plaisir."

Lucrèce nous enseigne ainsi la Nature des choses
C'est en conséquence d'une vie de plaisirs à justes doses
Et non par la quête insensée de toutes les broderies importées
Qu'on vit la plénitude d'une existence en toute sobriété

Lucrèce nous parle des semences au coeur de la création
Côte-à-côte avec le vide il faut être conscient de cette distinction
Le plaisir et la souffrance viennent ensemble fort heureusement
Car une vie de plaisirs sans douleur n'est pas un enrichissement

"Suave, quand les vents troublent la surface, sur la mer immense,
de contempler depuis la terre l'effort immense d'autrui;
non que la souffrance de quiconque soit doux plaisir;
mais apprécier la distance des maux, dont on est soi-même à l'écart, est suave
Suave aussi de regarder les combats immenses de la guerre,
à travers les champs de la bataille, sans qu'on ait part au danger.
Mais rien n'est plus doux que d'occuper, bien fortifiés,
les temps de le sérénité construits par la doctrine des sages,
d'où l'on peut regarder de haut les autres, et les voir de çà de là
errer et chercher éperdument la route de la vie,
rivaliser de génie, combattre à coups de noblesse,
mettre leur énergie nuit et jour dans un incroyable effort
pour émerger aux plus hautes fortunes et posséder le monde."

En restant le vase percé que des Dieux nous avons hérité
Toujours vide malgré l'enchaînement de tous ces désirs exaucés
Ce n'est pas l'avoir qui saura vous assurer la plénitude
Mais la connaissance de votre être et l'amitié, malgré la solitude

Voilà l'enseignement de Lucrèce l'épicurien

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