Qui est le Peuple?

Qui est le Peuple?

Au-delà des réflexions politiques, des discours sociologiques, des analyses philosophiques et des amalgames populistes, s'il y a un référent auquel les tribuns tentent tous, un jour ou l'autre de se rallier, par l'exemple, la promesse de l'utopie ou les louanges de leur souffle intemporel, c'est celui du Peuple. LE Peuple. Mais de quel peuple parlent-ils, aujourd'hui, en 2015? Qui est cette "majorité silencieuse", malléable dans l'espace et le temps, toujours présentent dans l'esprit et le coeur des gens? En tant qu'homme issu de ce peuple, je tenterai de vous en faire le portrait; car, aussi imparfait soit-il, le Peuple reste, et restera, le point d'ancrage des démocraties du monde contemporain.

"Je ne suis ni un savant, ni un philosophe, ni même un écrivain de métier. [...] Qui suis-je donc, et qu'est-ce qui me pousse maintenant à publier ce travail? Je suis un chercheur passionné de la vérité et un ennemi non moins acharné des fictions malfaisantes dont le parti de l'ordre, ce représentant officiel, privilégié et intéressé à toutes les turpitudes religieuses, métaphysiques, politiques, juridiques, économiques et sociales, présentes et passées, prétend se servir encore aujourd'hui pour abêtir et asservir le monde. " - Michel Bakounine

Le Peuple, c'est la pluie qui va et vient selon l'horizon de la quiétude et le sentiment du commun; qui tonne et détonne par ses contrefaçons, ses déformations et l'utilisation politique de son insatisfaction. Le Peuple ne s'embarrasse pas de ses contradictions, car il incorpore, dans son histoire, l'audace: des idées, des émotions et des incertitudes qui le gouvernent comme si elles n'étaient qu'une extension de sa propre volonté.

Le Peuple cherche avant tout celui ou celle qui saura répondre aux questions existentielles qui l'animent: la peur de l'inconnue et les valeurs primaires cachées dans l'inconfort de sa propre conscience. Il est difficile de cumuler l'idée du populisme tout en accueillant la bienveillance assurée aux minorités de la société, car cet équilibre est affecté par le poids des différences et l'image de ses étrangetés.

"De tous temps les hommes qui, pour arriver au pouvoir, ont recherché le suffrage populaire, ont abusé les masses par de prétendues déclarations de principes qui, dans le fond, n'ont jamais été que des déclarations de promesses!" - Pierre-Joseph Proudhon

Le Peuple est vrai dans son sentiment face à l'adversité. Même s'il réagit de manière bestial devant les épreuves de la société. C'est en le traitant dignement qu'il sera à même de faire le choix de l'humanisme et de la solidarité. Le Peuple est une forêt cachant l'immensité de la plaine des civilisations en perpétuelle changement. Elle changera d'espèces et de floraisons selon les saisons et l'idéal des moissons; selon la cohésion des situations et la décadence des altercations. Ses racines seront toujours un gage de ces trahisons et de cette méfiance travaillant à éradiquer son esprit de corps; la force nous permettant de faire face à l'hiver de nos soupçons.

Le Peuple, c'est le travailleur acharné dînant du fiel des autorités, c'est le mineur de la vie se croyant condamné au bagne de la charité, c'est le jeune décharné vendant son âme pour payer le logis de sa satiété, c'est cette jeune vierge échangeant son corps contre le succès d'une vie inachevée.

"Partout où l'on a prétendu séparer de fait, organiquement, ces trois choses, le capital, le travail et le talent, le travailleur a été asservi: il est appelé tour à tour esclave, serf, paria, plébéien, prolétaire: le capitaliste a été exploiteur: il se nomme tantôt patricien ou noble, tantôt propriétaire ou bourgeois; l'homme de talent a été un parasite, un agent de corruption et de servitude: ç'a été d'abord le prêtre, plus tard le clerc, aujourd'hui le fonctionnaire public, toute espèce de capacité et de monopole." - Pierre-Joseph Proudhon

Le Peuple n'a pas de race, d'ethnie ou de religion spécifique à son état de pauvreté. Il est toujours soumis à une forme où une autre d'autorité. Le Peuple est coupable de l'incapacité de se gouverner lui-même, enfin, selon ces esprits biens pensants qui se démènent, chaque élections, à nous dicter l'importance des responsabilités et des décisions incombant à ces humbles majestés!

"la peur du peuple est le mal de tous ceux qui appartiennent à l'autorité: le peuple, pour le pouvoir, c'est l'ennemi." - Pierre-Joseph Proudhon

Pourtant, s'il y a une chose que le Peuple peut leur rappeler, c'est qu'il peut se révolter, se soulever et s'émanciper, à tout moment de la journée. Le Peuple, c'est la rumeur d'un mythe où le mérite, l'harmonie et la justice pourraient tous cohabiter sur la planète du genre humain et survivre à toutes les formes de perversités.

"Chez le peuple, comme chez les enfants, les crimes et délits tiennent plus à la mobilité des impressions qu'à la perversité de l'âme; et je trouvais plus aisé, à une élite républicaine, d'achever l'éducation du peuple dans un chaos politique, que de lui faire exercer sa souveraineté, avec quelque chance de succès, par voie électorale." - Pierre-Joseph Proudhon

Le Peuple, c'est la famille endettée sans opportunité, c'est le travailleur prit dans l'incertitude d'une retraite à justifier, c'est l'individu nu dans la rue en train de gesticuler, c'est le chômeur aigri incapable des voir les issues du calvaire d'une vie endimanchée, c'est l'âme en ruine du retraité au chèque de pension coupé de moitié, c'est l'ermite désagréable avec une hanche brisée, c'est le révolté sans soutien qui vit dans la pauvreté et c'est l'honnête citoyen qui n'a que faire de votre pitié de riche embourgeoisé.

"Le Peuple, c'est ceux, sur lesquels s'exercent le pouvoir et ceux qui n'ont jamais la possibilité d'exercer du pouvoir." - Michel Onfray


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